Thread: Shield
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Dornick
01.01.2012 , 04:45 AM | #1
Dans le fracas des navettes qui vont et viennent jusqu'au spatioport, se meurent les échos des pas. La foule avance comme la houle se forme à la surface des océans, serpent qui avance de façon asynchrone, mais toujours comme un seul être.
Il est ici. Le lieutenant Basara, se tenant contre la barrière d'une terrasse dominant le hall du port Fonbs II de Nar Shaddaa, observait cette marche sourde. Elle prit un instant pour contempler la puissance évocatrice de cette multitude compacte. À-travers les grandes baies vitrées du hall perçait la lumière dure et orangée d'une fin d'après-midi. L'obscurité frappait une fois de plus à la porte du monde des hommes, et parmi ces derniers, un en particulier était une proie.
Le comlink de Basara vibra contre sa hanche, elle pinça le bord droit du col de son ample manteau et pencha la tête dans cette même direction.
« Ici Écho one, rapport.
- La cible vient d'arriver porte 61, répondit le transmetteur. Écho deux l'a eu en visuel. Faites attention, la foule est très dense et les services des douanes sont sur le qui-vive. Vous avez le feu vert pour interception. Écho zéro out. »
Basara vérifia la présence de sont blaster à l'intérieur de son manteau. Elle jeta un dernier regard furtif au ciel ocre, ses yeux résistant un instant à se détacher de ce spectacle. Elle sentit l'adrénaline affluer dans son organisme. Il était temps de lever le rideau.

« Mes papiers sont en règle, laissez-moi passer ! Je suis dans mon droit bon-sang ! »
Un humain, d'allure plutôt chétive et âgé d'une quarantaine d'années bloquait le passage au niveau de l'un des portiques qui menait à la sortie. Juridiquement, il n'était même pas encore sur Nar Shaddaa. Autour de lui, on se pressait et se bousculait. Bien des gens qui arrivaient sur cette planète le faisaient avec des motifs qui n'étaient pas les meilleurs, et il leur pressait de passer ces portiques, véritables arches de délivrance. À cet instant, ils pouvaient encore être rattrapés en toute légalité par leurs éventuels poursuivants.
L'odeur de sueur était frappante, et charriait des relents de peur. Basara dut presque retenir son souffle.Au sol, les sacs et les valises faisaient obstacle à quiconque souhaiter dépasser son voisin. Il fallut jouer du coude avec violence pour que la zabrak parvienne à se frayer un chemin, renversant un selkath et arrachant une poignée de jurons peu amènes à d'autres.
Plus que quelques mètres, il lui fallait agir vite, au risque de mettre en échec la mission. Elle était désormais suffisamment près pour distinguer les paroles de l'humain et du contrôleur.
« Faites pas d'histoire, le protocole est pas négociable. Sinon, je vais aller dire bonjour à mon copain là-bas. L'agent accompagna ces paroles en pointant son index vers l'objectif de la caméra qui les filmait, fixée sur le portique de sortie. Aussi les directives ont changé pour tous les ressortissants impériaux, je dois faire une vérification...
L'homme déglutit, et ne se laissa pas démonter.
- Ce n'est pas réglementaire, ça ! Rendez-moi mon passeport tout de suite ! »
À maintenant seulement quelques mètres, Basara pressa encore plus le pas et chuchota :
« Charge-moi les serveurs d'authentification du spatioport. Tout de suite !
- Bien compris écho one, répondit la voix dans son oreillette. Vous pouvez rejoindre la cible. »

Elle était enfin au niveau du voyageur, elle donna un coup de pied vif derrière le genou de la dernière personne qui la séparait de son objectif. Celui-ci s'écroulant dans un râle étouffé par le brouhaha, elle prit sa place, se collant juste contre le flanc de l'humain.
« Pardon, mais je dois vraiment causer avec cette personne avant qu'il n'entre, dit-elle avec un large sourire au contrôleur.
Ce dernier se tourna vers la zabrak, suspicieux.
- Rien à faire de ce que vous devez faire ou pas. Je dois d'abord avoir un putain de retour du serveur. Le contrôleur leva le menton en direction du voyageur. Et puis tu la connais vraiment, elle ? »
Pendant tout ce temps, le citoyen impérial était resté figé, paralysé d'effroi. Ne lui laissant pas de temps pour formuler une réponse ou même une pensée, Basara se pencha vers lui et lui glissa à l'oreille :
« Soit vous venez avec moi, soit ça se finit ici et maintenant. »
Pour seule réponse il bafouilla d'abord. Puis il se résigna à hocher la tête, sans oser un regard en direction de la personne à-côté de lui. Basara fixa alors le contrôleur.
« Vous voyez ? Maintenant, ne me faites pas perdre mon temps, nos affaires sont pressantes. »
Le contrôleur observa dubitativement la scène, mais se refusa de demander plus. Il tapota sur son terminal le retour qui devait lui annoncer que l'identifiant du passeport avait été authentifié et traité, mais cette réponse tardait à venir. Son regard allant et venant entre la zabrak et son écran, visiblement contrariée par le temps de réponse anormal. Rageusement, le contrôleur donna un coup de pied dans la borne sur laquelle reposait le terminal.
« Machine de merde, vociféra-t-il.
En réponse, Basara glissa ostensiblement sa main à l'intérieur de son manteau, et lui adressa un regard intimidant :
- Vous jouez avec ma patience, et je crois que vous n'avez plus beaucoup d'options.
L'agent portuaire recula vivement d'un pas.
- Oh, pas d'énervement ici ! Je suis pas payé pour me faire tuer à empêcher des gens de faire demi-tour. Prenez votre impérial et son passeport et dégagez d'ici ! »
Autour d'eux, l'agitation grandissait. Tous les portiques du hall refusaient de s'ouvrir, attendant de pouvoir enregistrer l'identité de chaque arrivant. Ça et là, on s'exclamait, criant au scandale, menaçant les agents du spatioport. Basara attrapa le passeport et l'humain et s'éloigna en trombe des portiques, arrachant encore une fois maintes injures à la foule. L'impérial tentait de résister au mouvement, mais elle le maintenait fermement devant elle, imprimant sans faillir le rythme de la marche. À quelques mètres, elle se retourna une ultime fois et cria à l'attention du contrôleur :
« Au fait, vous devriez appeler quelqu'un, il y a une personne qui s'est faite bousculer juste devant vous ! »

Ils avaient traversé la foule à une allure folle. Puis les rangs s'étaient fait plus clairsemés. Maintenant, ils n'y avait plus que quelques employés du spatioport en vue. Les deux fuyards étaient resté silencieux tout ce temps. Pour Basara, il s'agissait de la phase la plus critique du plan : il lui faudrait parvenir à quitter le bâtiment sans attirer l'attention. Or il n'y avait pas que les services de surveillance du spatioport qu'il faudrait éviter... Pour ne pas se faire remarquer plus que de raison, elle fit ralentir la cadence.
Basara prit un moment pour observer le ressortissant impérial. Il avait tout d'un fonctionnaire ayant des années de service. Son teint était devenu pâle et ses cheveux argentés avec les années de travail ; on devinait à travers ses vêtements sa relative faiblesse physique. Son regard était fuyant, il tentait de réfléchir malgré l'angoisse et la fatigue. Il était hors de question de le perdre, et Basara renforça son emprise à chaque fois qu'elle sentait l'humain s'éloigner de leur chemin.
« Vous êtes Farik Belius, assistant opérateur pour les renseignements impériaux depuis 17 années. Vous avez quitté votre poste depuis une semaine afin de fuir votre comparution en cour martiale et votre exécution.
L'homme s'arrêta net, mais cette fois, Basara lâcha son emprise et laissa un mètre de distance entre eux. Elle poursuivit :
« Vous avez volontairement transmis des information à l'ennemi Républicain concernant certaines carences de leurs systèmes défensifs sur plusieurs objectifs civils. Ce faisant vous avez bafoué votre loyauté à l'Empereur. Reconnaissez-vous ces faits ? »
Sur ces paroles, elle avait lentement sorti son arme de l'intérieur de son manteau et en pointait l’objectif sur la tempe de Belius.
L'homme regardait encore devant eux, ce chemin de liberté qui semblait s'étirer à l'infini puis se dérober sous ses pas, le laissant sombrer dans le vide. Personne n'était aux alentours. Au-delà des grandes baies vitrées, la lueur du jour se mourrait, laissant la couverture nuageuse comme un simple amas d'obscurité. Puis, pour la première fois, il se tourna vers elle et la fixa, longuement, avec dans le regard quelque chose qui frappa Basara, un mélange de désespoir et d'un ultime élan de défiance.
Farik Belius sortit de la sacoche qu'il portait en bandoulière -son seul bagage- sa casquette noire d'agent des renseignements impériaux, la garda en main quelques instants puis, sans même y jeter un regard, la laissa tomber au sol.
« Ce que vous pourrez me reprocher, gardez-le pour votre propagande. J'ai toujours eu foi en l'Empire, mais il est des atrocités qui ne doivent jamais avoir lieu.
Il déglutit avant de reprendre, essayant d'ignorer le blaster pointé sur son front.
« Cet univers entier est dans le faux ! Ce n'est qu'une lutte de maux aussi pires les uns que les autres. Et s'il ne vous reste qu'à me tuer, alors ne me laissez pas un instant de plus dans cet endroit nauséabond, un autre s'ouvrira à moi ! »
À cet instant précis, une détonation retentit dans ce hall désert du spatioport Fonbs II de Nar Shaddaa, accompagné du cri terrifié de Belius. Basara écouta avec émotion ces deux sons résonner ensemble, leurs harmoniques se mêlant et ricochant sur les parois. Et pourtant, bien vite, ce bruit mourut.

Au-delà des grandes baies vitrées, la lueur du jour avait disparu, et les lumières de la ville s'allumaient de plus belle, dessinant des volutes jaunes et blanches.
« Vous ne devriez pas perdre espoir vous savez, Farik.
L'impérial avait détourné la tête et fermé les yeux. Sans doute il était loin d'être aussi préparé à mourir qu'il le prétendait. Sentant les muscles de son corps se détendre, il remarqua à quelques dizaines de centimètres de ses pieds, l'impact encore fumant laissé par le tir du blaster.
- Je ne comprends pas, à quoi est-ce que vous jouez ?
Basara apprécia de voir son interlocuteur véritablement désorienté.
- Je suis envoyée dans le cadre du SHIELD, le programme républicain de défense des témoins et des transfuges. Nous sommes là pour assurer votre sécurité et vous faire sortir de cet endroit sans alerter vos collègues. Nar Shadda est une destination logique pour quelqu'un comme vous, ça ne leur échappe pas. Une fois que nous serons sorti, je vais vous conduire dans un endroit fiable, et nous allons vous construire une nouvelle identité. »
Belius resta muet, incrédule.
- Mais alors, à quoi ça rime ? Pourquoi le secret, pourquoi le coup de feu ?
- Ah ! Mais vous êtes un impérial, vous le méritez bien, non ? Allez, on devrait pas traîner ici. Un ami nous attend pour nous faire évacuer par une sortie de service. Et dernière chose, nous sommes au courant pour votre femme et votre fille ; on va essayer de les retrouver. Filons ! »
Elle se mit à courir, adressant à l'homme un étrange sourire facétieux. Belius resta quelques instant cloué sur place, contrit de perplexité. Mais comme par miracle, ses jambes se mirent en mouvement, et il déploya toutes les forces qu'il lui restaient pour rattraper la zabrak.
Aussi, sans vraiment se l'expliquer, il se sentit vraiment vivant, sans doute pour la première fois depuis bien longtemps.


SHIELD: Service for Hiding away Instructors, Exposed personalities, and Life-threatened Defectors. Section militaire républicaine au service de tous ceux qui se cachent de l'Empire et de ses sympathisants. Unité dédiée à la protection de toute personne civile menacée et de ses proches. Informateurs, transfuges, témoins...

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